L’Intermediaire des chercheurs et des curieux
Du 30 juillet 1906 (BNF)
Robert Surcouf était-il descendant par alliance de Duguay-Troüin ? ,
Acte de baptême de du Guay-Troüin.
Extrait des Registres des Baptêmes, mariages et sépultures de l'Eglise cathedrale et paroissiale de St Malo pour l'année mil six cent septante trois, folio 76, Recto,
René Trouin, fils de Luc
Troüin, sieur de la Barbinays et de Marguerite Boscher sa femme, fut baptisé
le 10 em de juin dernier, comme il
se voit par ce papier folio verso 49, et à ce jour 13 aoust 1673 reçu les
Saintes onctions et autres cérémonies du Baptême par moi Alain Escot prêtre,
subcuré, et fut parain le Sr René Troüin, conseiller du Roy et son consul
en Espagne, et marraine Janne Boscher Dlle de la Maison neuve, qui ont signé
: ainsi signé René Troüin, Janne Boscher, Luc Trouin, Marguerite Trouin. A
Escot subcuré.
L'enfant qui fut l'objet
de l'extrait baptistaire ci-dessus, dont nous avons respecté l'orthographe,
était le troisième fils de Luc Troüin, sieur de la Barbinays, et de Marguerite
Boscher, son épouse. Son père, né en 1637, descendait d'une ancienne famille
de négociants armateurs de Saint-Malo, qui possédait en outre, depuis près
de deux cents ans, le consulat de la nation française à Malaga, en Espagne.
Au moment de la naissance de du Guay-Troüin, ce poste était occupé par un
frère cadet de son père René Etienne Troüin, C'est cet oncle qui figure comme
parrain dans l'acte ci-dessus, et qui lui donna son prénom, René.
La qualification de du
Guay, qui s'écrivit primitivement du Guest, puis du Gué, du Guay, et enfin
Duguay, en un seul mot, provient d'une petite métairie, sise au village du
Guest, dans la paroisse de Paramé, acquise par son père en 1680, sept ans
apres sa naissance.
On trouve dans un acte
notarié du 1 janvier 1810, qui fait partie de notre collection de papiers
de famille, des renseignements très circonstanciés sur la façon dont cette
petite terre fut acquise et successivement agrandie, par les parents de du
Guay-Troüin.Cet acte est une transaction entre divers héritiers des familles
Boscher et Troüin, précisément au sujet de la propriété de cette métairie.
On voit que par contrat
du 29 juillet 1661, Jean Boscher, sieur de la Vigne, et Françoise Gorjeu,
sa femme, acquirent de Servanne Le Breton, femme en secondes noces de Guillaume
Lalloué, sieur de la Jouessière, de Louis Cadiou et de sa femme, et autres,
des maisons et héritages situés au village du Guest, en la paroisse de Paramé.
A la suite du décès de
Françoise Gorjeu, femme de Jean Boscher, tous les biens dépendant de sa succession
furent partagés en cinq lots, et au 3em lot furent compris les maisons et
héritages situés au village du Guest.
Ce partage, en date du
3 mars 1673, fut fait entre Guillaume Boscher, sieur desAulnais, Jean Boscher,
sieur de la Vigne, Jacques Boscher, sieur du Guest, Jeanne Boscher, femme
de Raoul Chastellier sieur de la Maison neuve et Marguerite Boscher, femme
de Luc Troüin, sieur de la Barbinays.
Le troisième lot échut
à Jacques Boscher, qui conserva ainsi la qualité de sieur du Guest.
Marguerite Boscher, femme
de Luc Troüin, sieur de la Barbinays, eut le 5em lot, composant les fonds
situés à la Flourie, en la paroisse de Saint-Servan.
Jacques Boscher, sieur du Guest, étant décédé sans postérité, ses frères et ses soeurs mirent en vente les immeubles dépendant de sa succession.
Le procès-verbal d'adjudication présente le détail suivant des biens mis en vente:
1° une maison de demeurant, située jouxte le village du Guest, en la paroisse de Paramé, et un petit jardin.
2° une autre maison dite la maison du métayer.
3° le verger derrière la principale maison.
4° un clos et pièce de terre situé au lieu du Guest, appelé le clos Ralleu.
5° une pièce de terre située aux environs du champ de la Ferriére, en la paroisse de Paramé, appelée la pièce au Gendray.
6° un clos et pièce de
terre appelé la ville Robert.ll fut encore exposé en vente une autre pièce
de terre située au quartier de la Flourie, appelée le Grand tertre Richard,
Tous ces héritages furent
adjugés, le 9 avril 1680, à Luc Troüin, sieur de la Barbinays, pour la somme
de 1690 livres.
Le 9 juin 1680, autre
acquisition fut faite par Marguerite Boscher, femme de Luc Troüin, sieur de
la Barbinays, pour elle et son mari, d'une maison dite de l'étable, et d'un
jardin, au village du Guest.
Le 21 janvier 1681, nouvelle acquisition par la méme d'une autre maison avec jardin au même village du Guest
.
Ainsi donc, l'illustre
marin avait déjà sept ans lorsque ses parents devinrent possesseurs des biens
situés au village du Guest, et à la mort de son père survenue en 1687, il
reçut la qualification de sieur du Guest, pour le distinguer de son frère
ainé Luc Troüin, qui prit celle de son père, sieur de la Barbinays, provenant
d'une autre métairie de ce nom, appartetenant aussi à la famille.
Il ne parait pas toutefois
que ces biens aient jamais été en sa possession. Nous voyons, en elle, dans
la transaction de 1810, citée plus haut, qu'après la mort de sa mère, Marguerite
Boscher, ils tombèrent en partage à sa plus jeune soeur, Marguerite Guyonne
Troüin, née en 1684, qui prit alors le titre de demoiselle du Guay. Celle-ci
ne se maria pas, et vécut jusqu'à un âge avancé. A sa mort survenue en 1765.
longtemps après celle de son frère, mort également célibataire, ces biens
échurent en partage à sa nièce Jeanne-Marie-Anne Jazier de la Garde, épouse
Séré, fille de sa soeur Charlotte Troüin, qui avait épousé Alexandre Jazier,
chevalier seigneur de la Garde. La dame Séré étant morte sans postérité en
1783, ils passèrent aux héritiers de la ligne Boscher.
C'était une très petite
terre, comme on a pu le voir par le prix d'acquisition payé en 1680, par le
père de du Guay Troüin, d'après un bail à ferme du 13 mars 1775, elle était
louée 150 livres; ce prix fut ensuite porté à 200 livres ; en 1810, il était
de 225 livres.
Quant à l'orthographe
de son nom, l'illustre corsaire signa d'abord du Gué, puis Dugué en un seul
mot. On voit cette signature sur un rapport daté de 1694, conservé aux Archives
de la marine à Saint-Servan.
Les lettres de noblesse
qui lui furent délivrées ainsi qu'à son frère ainé, en 1709, par Louis XIV,
et dont nous possédons l'original sur parchemin, portent en marge : Lettres
de noblesse pour les sieurs de la Barbinais et du Guay, frères. Mais dans
le corps du document, le rédacteur a écrit René Trouyn Duguay. Le règlement
original d'armoiries de d'Hozier que nous possédons également, porte René
Trouyn du Gué. Les nominations aux différents grades,les
promotions dans l'ordre de Saint-Louis, portent invariablement du Guay Troüin.
Bien qu'à partir de 1709, du Guay Troüin ait le plus souvent signé Duguay-Troüin,
nous croyons qu'il est préférable d'adopter l'orthographe du Guay, en deux
mots. comme plus conforme à l'origine du nom et à l'orthographe constamment
employée par les bureaux de la marine pendant la vie du célèbre marin.
Rappelons en terminant que celui-ci fut le seul de toute la famille des Trouïn, avec sa jeune soeur Marguerite Guyonne, à porter ce titre de du Guay. Il semble donc bien, comme l'a écrit M. Révérend dans le n° de l'Intermédiaire du 20 septembre 1905 (col. 418), que la demande en addition de nom présentée par la famille Surcouf ne peut viser en réalité que celui de Troüin,
Comte de CARFORT