Au même temps où Jean Bart donnait ainsi à son nom une popularité immortelle dans la marine française, un jeune et intrépide armateur de Saint-Malo, Duguay-Trouin, commençait à se faire connaître par des faits d'armes d'une audace et d'un bonheur non moins remarquables.

 

CCCCXXXII.

 

DUGUAY-TROUIN DISPERSE UNE FLOTTE ESCORTÉE PAR
TROIS VAISSEAUX DE GUERRE HOLLANDAIS. -1696.

GUDIN. – 1839

 

 

 

« Il arma, selon son propre récit , les vaisseaux le Saint-Jacques, le Sans-Pareil, et la frégate la Léonore, de qua­rante-six, quarante et seize canons, et, s'étant joint à deux autres frégates de Saint-Malo, attaqua une flotte escor­tée par trois vaisseaux de guerre hollandais, de cinquante-quatre, cinquante-deux et trente-six canons, comman­dés par le baron de Warsenart, vice-amiral de Hollande. Dans le commencement de ce combat, le feu ayant malheureusement pris au vaisseau le Sans-Pareil, et fait sauter toute sa poupe, Duguay-Trouin fut forcé d'abor­der avec son vaisseau seul les deux gros convois, qu'il

enleva l'un après l'autre après un sanglant combat où la moitié de son équipage périt; le troisième convoi et une partie de cette flotte fut pris par les frégates qui s'étaient jointes à lui  Le roi récompensa cette belle action par un brevet de capitaine de frégate.

C'est ici le lieu de citer un calcul consigné dans l'histoire d'Angleterre de Rapin Thoyras. Il rapporte que , d'après les registres de l'amirauté britannique , les corsaires de Saint-Malo, de 1688 à 1697, enlevèrent aux Anglais et aux Hollandais cent soixante-deux navires de guerre et trois mille trois cent quatre-vingt-quatre bâtiments marchands.

 

 

(' Histoire militaire de Louis XIV, par Quincy, t. III, p. 278.)

 

 

 

 

' États de service de Duguay-Trouin, dressés par lui-même pour sa justification cités dans l'Histoire de la marine française, par E. Sue, t. V, p. 323.

 

CCCCXXXIII.

 

 

QUATRE VAISSEAUX FRANÇAIS DISPERSENT UNE FLOTTE
ANGLAISE. -13 AVRIL 1697.

 

 

«Quatre armateurs de France, montant des vaisseaux du roi de soixante et dix , de cinquante , de trente-six et de vingt-quatre pièces de canon, rencontrèrent le 13 d'avril, à la hauteur des îles de Scilly, les vaisseaux anglais le Norwich, le Château, le Sheerness, le Schafort, et le brûlot de la Blare, servant de convoi à la flotte marchande anglaise , qui allait aux Indes occidentales. Les armateurs de France les attaquèrent, et, après un combat de deux heures, pendant lequel la flotte mar­chande se dispersa, ils s'emparèrent du vaisseau le Scha­fort, qu'ils furent obligés de brûler, parce qu'il était tout percé; mais ils gardèrent le brûlot de la Blare, qu'ils avaient pris. Après le combat, les armateurs poursuivirent cette flotte pendant trois jours, et la rejoignirent le 16. Le combat recommença et dura trois heures; mais les vaisseaux anglais, se trouvant fort maltraités dans leurs agrès, furent contraints de prendre le large. Les armateurs les abandonnèrent pour suivre les bâti­ments marchands , dont une partie se sauva à Plymouth , d'autres aux îles de Scilly, et en d'autres ports. Les armateurs de France en prirent quelques-uns, qu'ils amenèrent dans les ports de l'Océan'.»